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lundi 28 mars 2011

Entre 1940 et 1948, période appelée « Aâm L’boun », 200 000 Marocains sont morts de faim et de misère.


La deuxième guerre mondiale qui fait rage depuis septembre 1939, entraîne des besoins grandissants en matières de première nécessité pour la France, qui se tourne vers les colonies, en l’occurrence le Maroc, où elle puise sans compter pour y remédier.
La France, via la Résidence générale, produit très vite un arsenal juridique afin de mobiliser les ressources naturelles et humaines (marocaines) au service de l'effort de guerre. « Des hommes par milliers, des bateaux pleins de vivres ». Voilà ce que donne le Maroc à la France, au début des années 1940. Conséquence logique de l'effort de guerre que le royaume consent à son (protecteur) français : les réquisitions créent une véritable pénurie dans les souks marocains. Une catastrophe (de plus) pour le royaume.
Après sa défaite face à l'Allemagne nazie et l'armistice, la France instaure donc un régime dit de « ravitaillement » qui touche de plein fouet le Maroc. Désormais, la distribution de tous les produits de base est réglementée. Seules les coupures numérotées « l'boun proprement dit » d'un carnet de ravitaillement permettent d'acheter ces matières indispensables à la vie quotidienne. Chaque bon est réservé à un produit contingenté, dont la part est fixée mensuellement. Les rations se réduisent comme une peau de chagrin au fur et à mesure que la guerre s'intensifie.
Evidemment, le carnet de ravitaillement instauré par la Résidence n'est pas à la portée du commun des (indigènes). Délivrés par les autorités locales, les bons sont écoulés à la tête du client, soumis à l'arbitraire des « chioukhs et des moqaddems » dans toute sa splendeur.
Comme les réquisitions et les restrictions se sont renforcées tout au long des années de guerre, la nature et les modalités de prélèvements céréaliers ont fini par attirer, bien évidemment, la cupidité des auxiliaires du Makhzen. « Ils réquisitionnaient souvent plus que les quantités fixées. Parfois même plus que les capacités de production des agriculteurs ». Et comme un malheur ne vient jamais seul, la sécheresse qui sévit entre 1944 et 1945 aggrave la famine et les privations qui font déjà des ravages parmi la population : la production céréalière décline et n'est plus que de 0,5 quintal par tête d'habitant. Le Maroc connaît alors une famine dévastatrice. En échange de bons, les « ruraux » ont droit en tout et pour tout à une moyenne de 50 grammes de pain par jour. Il n'y a rien d'autre pour compléter cette maigre pitance : peu de légumes, pratiquement pas de viande.
D'omnivores, les Marocains, à la ville comme à la campagne, se transforment peu à peu en véritables herbivores. Broutant tout ce qui pousse, ils se rabattent sur les mauvaises herbes comme la « guernina » ou la « hoummida » qu’on cuisine toujours dans certains foyers marocains. Outre le gland et les épinards « bakoula », toutes les plantes et racines y passent. Une racine dite « irni » (dont le nom est associé aux grandes famines du siècle dernier) a vu sa consommation exploser en cette période de restrictions tous azimuts. Dans la campagne, la plupart des gens partaient en groupe pour cueillir « irni ». On l'appelait « pomme de terre beldi ». La plante est lavée et séchée au soleil avant d’être moulue pour obtenir une sorte de farine que l'on cuisine comme du pain. Le pain « d’irni » provoque des diarrhées carabinées, un moindre mal finalement pour les Marocains, comparé aux crampes provoquées par la faim.
Aux quatre coins du royaume, les hommes font appel au système D pour survivre. A Oujda par exemple, certains se rappellent toujours du « tourtou », un pain à base de cocktail de racines de plantes, inventé à l'époque. Dans le Souss et toute la région du Moyen-Atlas, les sauterelles, communément appelées « jrad », sont grillées et présentées, par la force des choses, comme un plat de résistance. Ingénieux, certains colons récupèrent le procédé et tentent même d'exporter le cornet de friture de sauterelles. En vain. Les truffes abondantes dans la région de Maâmora, près de Rabat, ont par contre eu du succès, jusqu'en en France ! « Les colons interdisaient aux Marocains d'en consommer. Ils incitaient, par contre, les paysans à chercher les précieuses truffes, avant de les échanger contre des bons de sucre ».
Face à cette crise alimentaire sans précédent, les populations rurales criant famine affluent en direction des villes. C'est la période du grand exode rural. Des flots humains envahissent les bidonvilles attenants aux métropoles où l'on distribue des vivres. De longues files stationnent chaque jour devant les magasins de blé, les dépôts de sucre et de thé pour réclamer le minimum vital.
Même les Français du Maroc sont soumis aux rigueurs des restrictions. Interdits par un dahir de la Résidence de fabriquer du pain haut de gamme ou des gourmandises, ils se rabattent sur le pain de consommation au poids réglementé à 350 grammes, vendu 24 heures après sa fabrication. Une chance malgré tout quand on sait que les indigènes devaient, parfois, se contenter des miettes obtenues au péril de leur vie. Quand on recevait un pain contre un bon chez le boulanger, il fallait bien le cacher pour réussir à le faire parvenir jusqu'à la maison, sans risquer d'être agressé par le premier venu.
Dans tous les centres d'approvisionnement du royaume, les files d'attente sont longues, monstrueuses, et pratiquement sans aucune limite dans le temps. Les gens y restent bien au-delà de minuit pour attendre un miracle : la distribution de quelques cuillerées d'huile ! Les moins chanceux pouvaient attendre jusqu'à dix heures d'affilée avant de rentrer bredouilles, sans la moindre goutte d'huile.
Le sucre se fait aussi une denrée rare. Devant l'impossibilité technique d'en importer, le Maroc doit se contenter de sa production interne, insuffisante pour répondre à la demande : 7000 tonnes produites par mois . Insuffisant. Alors on se rabat sur les miracles, les recettes magiques, pour produire du sucre. L'invention en Finlande d'un sucre à base de bois, en 1942. C'est qu'à l'époque toutes les techniques sont testées pour sucrer sa boisson. « Pour adoucir le thé, les gens utilisent du miel dans un premier temps. Mais devant la forte demande, les autorités du protectorat ont triplé le prix du miel ».
Sucrer son thé devient une obsession nationale. Les Marocains se ruent sur la saccharine, dérivé de sucre à base de charbon, autorisée par un dahir dès le 30 août 1940. Certains font appel aux dattes, selon la recette très populaire à l'époque de « une datte dans la bouche pour accompagner plusieurs gorgées de thé ». On en arrive même à utiliser des carottes, ou de la betterave séchée, toujours dans le but obsessionnel « d'adoucir » le thé. Mais encore faut-il avoir du thé ! Le vrai thé à la menthe, tel qu'on peut en consommer aujourd'hui, n'est même pas encore inventé, les Marocains se contentant de menthe séchée comme denrée de substitution.
Tous les Marocains ne sont pourtant pas égaux devant la misère. Les salons de thé des centres-villes de Casa, Rabat ou Meknès ne connaissent pas les affres de la pénurie. Chez les particuliers, et à défaut de thé, c'est le café, paradoxalement, qui est devenu synonyme de « grand luxe », un signe extérieur de richesse. D'où la tendance, surprenante, de se prendre en photo avec une tasse de café à la main, brandie comme un trophée de guerre ! « En cuisine, les femmes mélangeaient le café avec des pois chiches pour gonfler la quantité, avant de broyer le tout au pilon (mehraz). Quand les voisines entendaient le bruit du mehraz, elles accouraient demander une tasse ou une gorgée de café ». Mais toutes les ménagères ne sont pas forcément démonstratives et certaines n'hésitent pas à broyer le précieux café loin de leur foyer, pour éviter de solliciter les oreilles (et les sens) des voisins. « Au final, cela revenait au même puisque l'odeur du café, une fois préparé et servi à table, s'exhalait de partout pour rameuter tout le quartier ».



Ces moments de gaieté ne masquent en rien la rudesse (des conditions de vie) dans laquelle était plongée la majorité de la population. Notamment dans la campagne. Fuir et aller se réfugier en ville est devenu un slogan fredonné aux quatre coins du royaume. « Avec le flux de l'émigration rurale, les grandes villes comme Casablanca sont devenues des mouroirs. Les gens morts de faim dans les ruelles des bidonvilles ne choquaient plus personne ». Les morts étaient parfois enterrés avec leurs haillons car il n'y avait plus de tissu pour leur confectionner des linceuls, les usines de textile étant momentanément transformées en armureries. « On fouillait même dans les tombeaux pour défroquer les cadavres. En gros, les Marocains n'avaient plus rien à se mettre sur le dos ».



En 1945, des millions d'hommes, de femmes et d'enfants sont en haillons, habillés de chiffons ou de sacs. Il ne s'agit plus pour eux de se vêtir, mais simplement de ne pas choquer la décence. Le constat n'est pas exagéré puisque dans la plupart des familles marocaines, il est courant que trois ou quatre personnes se partagent un malheureux vêtement, que chacun (re)met à tour de rôle avant de s'apprêter à sortir.
Les plus chanceux s'approvisionnent en « kettan », un mauvais tissu qui sert aujourd'hui à fabriquer les sacs de sucre en pain conditionnés au quintal. Ce tissu était rêche comme de la bâche, mais c'était le seul disponible. Dans la rue, tout le monde portait le même tissu. Même l'aiguille pour raccommoder les vêtements devient un luxe. Elle est soumise aussi à l'incontournable bon d'approvisionnement, devenant automatiquement l'objet de toute convoitise. Et un sujet tout à fait sérieux pour l'Administration coloniale. Un communiqué officiel de la municipalité de Rabat d'août 1942 annonce ainsi que “les aiguilles de couture sont disponibles chez les magasins de la Rue des Consuls. Pour disposer d'une carte, adressez-vous à l'Administration municipale d'approvisionnement, département des vêtements”…
Dans ce royaume où tout fait défaut, le savon rationné devient à son tour un produit de luxe. Et pour cause : 100 grammes pour chaque marocain et par mois dans le meilleur des cas. « Dans certains villages, on utilisait le lait de figue cru après l'avoir longtemps séché afin qu'il prenne une forme suffisamment visqueuse pour ressembler de loin à du savon ». La crise vestimentaire conjuguée à l'absence de savon multiplie, entre autres, la propagation de poux, devenus par la force des choses de véritables animaux de compagnie. « Les femmes les cherchaient dans la tête de leurs maris de manière méthodique. Elles pouvaient passer des heures, comme des fouines, à les extraire des habits de leurs enfants. Pour les punaises, elles grillaient des poivrons rouges sur du charbon avant de fuir la maison où l'air devenait irrespirable pendant de longues heures ».
Un fructueux marché noir fait alors son apparition. Les gros négociants, européens, musulmans ou juifs, spéculent sur la pénurie. Ils se livrent à toutes sortes de pratiques illicites face à de simples gens que la privation oblige à céder leurs biens mobiliers et immobiliers pour une « bouchée de pain ». Des périodiques de l'époque, tels que Maghreb ou Al Ouidad, dénoncent « les hausses illicites qui ont permis à des gens de réaliser des bénéfices considérables et de bâtir des fortunes fantastiques ».
Les contrôleurs et les substituts de « chioukh et moqaddems » font la loi concernant les carnets d'approvisionnement. Le chansonnier Houcine Slaoui enregistre ainsi (« H'di rassek La Ifouzou fik Al Koumane », littéralement « prends garde ! ») pour fustiger les dérapages en série de la société marocaine.
La prolifération du marché noir est telle que les bons, vendus excessivement chers, sont parfois échangés contre des journées de travail dans les exploitations des colons. Ne l'oublions pas, le Maroc de l'époque est terriblement discriminatoire. « Les Européens étaient pourvus de quotas supérieurs en sucre, farine, huile et savon. Ils avaient, en plus de ces quatre produits réglementés pour les indigènes, la possibilité d'acquérir neuf autres matières. En 1945 par exemple, année durant laquelle la famine a atteint un niveau record, les Européens pouvaient obtenir même du Kaobel, (chocolat en poudre), chose inimaginable pour un indigène ».
Mais à quelque chose malheur est bon et cette discrimination a, finalement, contribué à ouvrir les yeux aux Marocains quand à l'utopie des slogans « égalitaires » du Protectorat. Car malgré le débarquement américain en 1942, signant le « début de la fin de la guerre », la pénurie a continué de plafonner à des hauteurs proprement extraordinaires. « Tout ce qui a changé, c'est que l'on pouvait, pour les plus jeunes et les plus enhardis d'entre nous, attendre devant les gares les troupes américaines qui partaient au front, pour espérer recevoir des conserves, des gâteaux, du chewing-gum ou des cigarettes ». 1948 signe donc la fin de ces terribles années de famine au Maroc. Un épisode douloureux qui fait dire aujourd'hui que « Les temps ont beaucoup changé. Aujourd'hui, on peut repousser le pain nu même quand on a faim, les fruits, légumes et viande sont en abondance. Qui l'aurait cru, à l'époque ? ».